Thursday, November 27, 2008

Charlie Hebdo

Ce journal hebdomadaire largement illustré a commencé son histoire avec le magazine mensuel Hara-Kiri, fondé en 1960 par Georges Bernier (Professeur Choron) et François Cavanna. En 1969, après une manchette polémique concernant le récemment décédé Charles De Gaulle et un incendie mortel dans une discothèque, le mensuel a été interdit par le ministre de l’intérieur. Ainsi est né Charlie Hebdo, empruntant son nom à Charlie Brown des Peanuts. Cavanna reste toujours à Charlie Hebdo, le directeur de la rédaction est Philippe Val, et quelques dessinateurs sont Riad Sattouf (La Vie secrète des jeunes), Riss, et Willem, mais l’hebdomadaire a connu des dessinateurs comme Reiser et Sfar. Charlie Hebdo est un journal satirique et caricatural de gauche.


N°858 – Mercredi 26 novembre 2008

La une de cette semaine montre une caricature de Sarkozy (gâté) en train d’ouvrir ses cadeaux de Noël – les têtes des deux concurrents pour le siège de première secrétaire du parti socialiste, Martine Aubry et Ségolène Royal. Au lieu de ce dessin, il y a un autre (page 2) dans lequel Sarkozy et François Fillon (son premier ministre) dansent le disco en essayant de ne « pas se réjouir de manière trop ostentatoire des malheurs du PS. »

Mais il y a un côté critique du PS aussi. Pendant qu’ils ont autant d’attention médiatique… il y de nouveau un soldat français mort en Afghanistan, de plus en plus de problèmes avec l’éducation national, la guerre tribale au Congo, des SDF morts au Bois de Vincennes, le taux de chômage qui grimpe (surtout dans l’industrie automobile), et des effets graves du réchauffement de climat au pôle nord.

Il y a beaucoup de caricatures de Sarkozy, « le vrai visage de la crise. »

Ni Chirac, l’ancien président de la république, échappe la satire. Il y a un page dédié à lui et le « cabinet noir » d’Yves Bertrand.


D’autres thèmes récurrents :

L’industrie automobile atteint par la crise (Adieu Bagnole!)

Les SDF qui meurent de froid

Sarkozy et son désir d’être star

La télévision publique en danger

Obama portant Hilary sur l’épaule (son mari enchainé à sa cheville)

Rachida Dati et un nouveau suicide en prison


L’Affaire des Caricatures

Dans un autre cours, on a parlé beaucoup sur l’affaire des caricatures et le rôle de Charlie Hebdo là-dedans. Il s’agit d’une controverse concernant douze caricatures du prophète Mahomet qui ont été publiés d’abord par un journal danois (dans un article sur l’autocensure des médias en réponse à l’assassinat d’un réalisateur qui a fait un court-métrage sur la soumission des femmes dans l’Islam) et après repris par divers journaux, mais surtout Charlie Hebdo, qui a ajouté une nouvelle caricature. Philippe Val a subi un procès polémique avec beaucoup de protestation musulman, surtout à cause de la caricature de Mahomet portant le turban-bombe. Enfin, Charlie Hebdo a été acquitté parce que le journal n’était pas préjugé contre les musulmans (tout le monde est le cible de la satire de Charlie) et parce qu’il a soulevé un problème social avec son tirage.



J’ai regardé un documentaire très intéressant qui vient de sortir, le 17 septembre 2008, sur l’affaire. Voici le bande-annonce. C’est dur d’être aimé par des cons


Tuesday, November 25, 2008

PHILIPPE SQUARZONI: Garduno, en temps de paix

Garduno, et temps de paix est à la fois autobiographie (mais pas centré sur lui, plutôt sur sa prise de conscience politique), journal intime, documentaire et article critique avec un mise en scène graphique. La bande dessinée raconte quelques éléments de la vie de son dessinateur, notamment ces voyages, et ses conclusions sur le libéralisme économique (les marchés libres, laissez-faire, etc.) et la mondialisation.

Philippe Squarzoni a fait beaucoup de voyages :

  • 4 à Croatie, volontaire dans un Projet de Résolution de Conflit
  • Voyage à Chiapas, observateur pour une association des droits de l’homme, suivre la marche Zapatiste
  • Voyage en Palestine et Israël (raconté en Torture Blanche, 2004)

Il est un des créateurs de Les 7 Piliers (édition de BD, de littérature et de musique) et membre d’ATTAC (L'Association pour la taxation des transactions financières et pour l'aide aux citoyens), commencé en 1998 et qui lutte contre l’économie traditionnel et pour les biens communs.

Son style dans Garduno, en temps de paix est très graphique ; ses dessins sont réalistes et il utilise beaucoup de photographies et de publicités très connus.


Quelques remarques que j’ai trouvées très intéressants :

  • Neutralisation de l’histoire avec le passage de temps

  • Son autoportrait est quelquefois sans figure, ou sous forme d’éléphant
  • La dérégulation et privatisation des années 1990 = perte du patrimoine de l’état et du pouvoir monétaire face aux entreprises privés
  • Liberté et démocratie ? Les marchés financiers imposent leurs lois aux dirigeants politiques ; la mondialisation libérale diminue le pouvoir de l’état.
  • Selon Financial Times, le défi de la mondialisation est d’adapter l’opinion publique au marché (libre échange)… « La fin est soumise au moyen. »

  • Référence à Le Petit Prince

  • La publicité est une répétition des idées par les élites pour qu’elles deviennent «évidentes.»


Les Zapatistes (Armée Zapatiste de libération nationale) sont un groupe révolutionnaire basé en Chiapas (Mexique) qui représentent les droits des populations indigènes et la justice économique, entre autres. Le mouvement est souvent considéré comme la première révolution postmoderne. Squarzoni dit que les Zapatistes représentent la première résistance à la globalisation, avec leur offensif de 1e janvier 1994 (protestation contre l’accord de libre-échange nord-américain).

Ils cherchent le support international à travers l’internet. Quelques artistes répandent leur cause, comme Rage Against the Machine.

Voir le video-clip de People of the Sun qui parle de la révolution zapatiste.


Emiliano Zapata, commandant de l’armée révolutionnaire pendant la révolution Mexicaine de 1910. Sa devise : « Mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux. »


A Place Called Chiapas, un documentaire sur le mouvement.

Thursday, November 20, 2008

Les Bobos dans les bédés

Le terme bourgeois bohème représente une contradiction de deux types de valeurs assez différents chez une personne, ou même une classe sociale. Pour être plus précise, il faut regarder deux exemples de son usage : la signification américaine et française.

Aux Etats-Unis, le terme bourgeois bohemian nome des gens aisés qui incarnent un croisement entre les valeurs utopistes, dit hippie ou bohème, des années 1960 et les valeurs individualistes (surtout économiquement) de l’époque du président Reagan, dit yuppie ou bourgeois.

En France c’est un peu différent. Bobo désigne des personnes qui vivent la vie bohème parce qu’ils ont l’argent et les moyens pour le faire. Plutôt fils de la bourgeoisie, ils conforment au stéréotype du bohème (la gauche traditionnelle) superficiellement. Dans sa chanson Les Bobos, le chanteur Renaud décrit le terme. Voici les paroles et un lien pour écouter la chanson.


On les appelle bourgeois-bohêmes
Ou bien bobos pour les intimes
Dans les chansons d'Vincent Delerm

On les retrouve à chaque rime
Ils sont une nouvelle classe
Après les bourges et les prolos
Pas loin des beaufs, quoique plus classes

Je vais vous en dresser le tableau
Sont un peu artistes c'est déjà ça
Mais leur passion c'est leur boulot
Dans l'informatique, les médias
Sont fiers d'payer beaucoup d'impôts


Ils vivent dans les beaux quartiers
Ou en banlieue mais dans un loft
Ateliers d'artistes branchés,
Bien plus tendance que l'avenue Foch
Ont des enfants bien élevés,
Qui ont lu le Petit Prince à 6 ans

Qui vont dans des écoles privées
Privées de racaille, je me comprends

Ils fument un joint de temps en temps,
Font leurs courses dans les marchés bios
Roulent en 4 x 4, mais l'plus souvent,
Préfèrent s'déplacer à vélo


Ils lisent Houellebecq ou Philippe Djian,

Les Inrocks et Télérama,
Leur livre de chevet c'est Cioran
Près du catalogue Ikea.
Ils aiment les restos japonais

et le cinéma coréen


Passent leurs vacances au cap Ferret
La Côte d'Azur, franchement ça craint
Ils regardent surtout ARTE
Canal plus, c'est pour les blaireaux
Sauf pour les matchs du PSG
Et d'temps en temps un p'tit porno


Ils écoutent sur leur chaîne hi-fi
France-Info toute la journée
Alain Bashung Françoise Hardy
Et forcément Gérard Manset
Ils aiment Desproges sans même savoir

Que Desproges les détestait
Bedos et Jean-Marie Bigard,

Même s'ils ont honte de l'avouer
Ils aiment Jack Lang et Sarkozy
Mais votent toujours Ecolo
Ils adorent le maire de Paris,

Ardisson et son pote Marc-O

La femme se fringue chez Diesel
Et l'homme a des prix chez Kenzo
Pour leur cachemire toujours nickel
Zadig & Voltaire je dis bravo

Ils fréquentent beaucoup les musées,
Les galeries d'art, les vieux bistrots

Boivent de la manzana glacée
En écoutant Manu Chao
Ma plume est un peu assassine

Pour ces gens que je n'aime pas trop
Par certains côtés, j'imagine...

Que j'fais aussi partie du lot


La figure du bourgeois bohème est très présente chez les bandes dessinées de Claire Bretécher et Dupuy-Berberien.

Bretécher, qui a commencé sa carrière de dessinatrice en 1963 avec Goscinny, dédie les albums de sa série Les Frustrés aux « conformistes de l’anticonformisme… les snobs, les fils de bourgeois gauchisants, les mous, les durs, les sexistes, les féministes, les parents laxistes et leurs affreux jojos. » *Florence Montreynaud

Les personnages représentés dans les planches savent surtout parler. Ils (pour la plupart de la BD il s’agit en fait d’elles) connaissent les valeurs qu’ils sont censés de vivre mais continuent toujours dans leurs rôles traditionnels, continuent à promulguer les valeurs bourgeois dont ils étaient élevés. Enfin, ils sont hypocrites. Les femmes parlent de la libération, du féminisme, de la solidarité mais continuent à chercher leur mec. Les amoureux montrent qu’ils s’en fichent du monde, s’embrassent sans honte en publique, mais après tout sont comme tous les autres couples avec tous les mêmes problèmes. Les hommes se pensent ouverts d’esprit, mais ils restent sexistes. Il y a beaucoup d’autres exemples.

Philippe Dupuy et Charles Berbérian, qui ont collaboré depuis 1983, exemplifient le bobo à travers leur personnage Monsieur Jean et ses amis. L’histoire principale dans la bande dessinée est que Jean se conforme à l’idée du célibataire parisienne, ayant trop peur de se consacrer à une relation sérieuse avec Cathy. Ses amis aussi, se contredisent es se pensant très originaux et intuitifs, mais finissent par agir des manières traditionnels, comme voulant effacer la seul mémoire de l’artiste des années 1920 pour vendre le Rembrandt hypothétique qui était caché en dessous.


D’autres remarques sur Les Frustrés

  • Il y a deux extrêmes de style dans la BD de Bretécher. Dans la moitié des planches, le texte est le plus important, quelque fois il n’y pas même de grand changement dans le scenario. Dans l’autre moitié, il n’y presqu’aucun texte et donc l’image doit raconter tout.

  • La bande dessinée est composé de petites histoires, pas plus longues qu’une planche. Dans son intervention, Lisa Mendel a dit qu’une de ses influences était Bretécher, et on peut faire la même organisation dans ses œuvres, comme Nini Patalo.
  • Ma planche préféré s’appelle La Création (ou la procrastination)
  • La mode des pantalons serrés !
  • Dans une des dernières planches il y a une référence à une chanson d’Iggy Pop, un des instigateurs du mouvement punk. Voilà un lien pour écouter Funtime.

Tuesday, November 18, 2008

On Vit une Époque Formidable...

Jean-Marc Reiser est né en 1941 et a commencé sa carrière de dessinateur en 1958. Il a devenu très engagé dans la culture underground des années 1970. Il a été un des fondateurs d’un mensuel Hara-Kiri, ancêtre de Charlie Hebdo. Son style est simple : il y semble avoir un accent plus fort sur l’humeur satirique que sur le dessin dans ses œuvres.

On Vit une époque formidable a été publié en 1978 et le BD est bien un produit de son temps. Reiser se moque de beaucoup de malaises sociaux de ces années là, les conséquences de la croissance économique à tout prix des trente glorieuses. Il y a même une référence directe à la crise sociale de mai 1968.

Reiser critique à la fois les riches et les pauvres qui imitent leur style de vie. Cette critique m’a fait penser à une théorie de Thorstein Veblen, un économiste américain qui a vécu au début du 20e siècle. Dans son plus célèbre livre (Theory of the Leisure Class), il explique que l’industrialisation a crée une classe nouvelle dans la société contemporaine : la classe de loisir. Cette classe uniquement consommatrice achète des articles de luxe pour se démarquer des autres. La classe ouvrière aspire à être comme ces riches, achetant des choses qui sont souvent maladroits par rapport à leur mode de vie. Il donne l’exemple des femmes qui travaillent mais portent des chaussures à hauts talons, même si ce n’est pas du tout confortable quand il faut se tenir debout à l’usine tout la journée.


D’autres critiques :

La police/le C.R.S. (Compagnie Républicain de Sécurité, ou bien la police anti-émeute) et ses réactions aux manifestations.

Le Vote

La religion, l’église

L’indifférence vers les malaises sociaux


Les médias

La pollution, l’industrialisation

L’immigration

« La main-d’œuvre à bon marché et pas difficile disparait. Tout augment. On s’aperçoit que la société d’abondance fonctionne grâce à ce petit peuple basané qui se terre discrètement dans les bouges le soir venu. »


La guerre


Le cinéma d’aujourd’hui connaît un peut la censure à l’égard du système de classification. Mais, antérieurement, on coupait les morceaux indécents des films ou prohibaient les films complètement. Dans les années 1970, la hausse de la liberté a mené à une explosion de films pornographiques. Au lieu de censurer ces films de manière traditionnelle, ils ont été subis à la censure fiscale pour limiter leur diffusion. On les a retiré les soutiens fiscales et les a limités à des salles spéciales (interdits aux mineurs, bien-sûr).


À ce que l’on dit, Henri IV (roi de la France de 1589 à 1610) a proclamé « Je veux que chaque laboureur de mon royaume puisse mettre la poule au pot le dimanche. »


Saturday, November 15, 2008

Les stéréotypes des Corses

Astérix en Corse et L’enquête Corse ont plus pour but d’exposer quelques stéréotypes de la Corse et de ses habitants que de raconter une bonne intrigue. Voici quelques uns qui se trouvent là-dedans :

Les Corses sont…

…fiers, susceptibles, honorables (ne voient rien, ne disent rien), hospitaliers…

…paresseux, pratiquent religieusement la sieste…

Les Corses sont gourmands et ne mangent que…

…le fromage fort (assez fort pour faire exploser un bateau), l’apéritif Cap Corse, les châtaignes, le pulenda, le miel…

Les hommes sont machistes, les femmes se contentent au foyer et s’habillent en noir…

La Corse est mal famée pour les scandales politiques (les urnes se remplient avant l’élection chez Astérix et les fonctionnaires d’état ignorent les bandes de criminels chez Pétillon) les vendettas (chez Astérix, les deux chefs de clan sont fâchés depuis longtemps mais on ne sait pas pourquoi, on sait seulement que c’est quelque chose de grave ; chez Pétillon, il y a des explosions, des vols, des enlèvements, toujours avec un alibi pout l’accusé – il jouait des cartes avec Leoni…)

La Corse a une langue et une musique très distincte.


Quelques autres remarques sur Astérix en Corse:

Les traits d’Ocatarinetabellatchitchix sont inspirés d’un cuisinier de Bonifacio (une région dans le sud de la Corse), Mimi Pugliesi.


Son nom vient d’une chanson de Tino Rossi, Tchi-tchi. Il y a aussi d’autres allusions à Tino Rossi : Asterix l’appele Omarinella d’après la chanson Marinella, le mot de passe pour monter le bateau Vieni, Vieni.

Il y a des allusions à Napoléon, qui était Corse.

Les quatre vieux corses et les frères Dalton ?


Quelques autres remarques sur L’Enquête Corse:

Cette bande dessinée a été écrit par René Pétillon et adapté pour le cinéma par Alain Berbérian en 2004. Voici la bande annonce.

Le personnage principal, Jack Palmer, est un spectateur sur la société bizarre des Corses. Pétillon nous montre son message pas à travers Palmer, mais à travers de la juxtaposition avec la culture qui l’entour.